THOMAS HOWARD MEMORIAL, Le Moment


12 juin 2019

Certains groupes aiment les défis plus que d’autres. Thomas Howard Memorial en fait partie. Le quatuor rock français revient au printemps avec At the End of the Yard, un EP produit dans la foulée de son deuxième album,attendu lui en septembre prochain, et dont l’enregistrement a aussi été un défi en soi. Ce n’est donc pas un, mais deux disques aux univers musicaux différents, composés chacun de titres inédits, que le public pourra découvrir cette année. «On aime bien brouiller les pistes !» confirme son fondateur Yann Ollivier, non sans rappeler que le groupeavait déjà décalé la sortie de son premier album pour la faire coïncider avec la parution d’un DVD live, il y a trois ans.

Depuis le début de son existence, Thomas Howard Memorial qui doit son nom au véritable patronyme du hors-la-loi Jesse James,n’en fait qu’à sa tête. Ce qui n’était au départ qu’un simple duo folk monté par deux membres de The Craftmen Club, est devenuun formidable collectif de musiciens à géométrie variable. «Je crois que ce groupe est un concept en lui-même !» S’amuse Yann. Signéssur le label Upton Park (Matmatah, The Craftmen Club, Stuck in the Sound...), ils sortent deux EPs, à commencer par l’éponymeThomas Howard Memorial (2011), puis How to Kill Kids (2013), qui posent les bases d’un univers sombre aux sonorités rock-pop aussi planantes que tempétueuses, dans la tradition de Pink Floyd croisées avec des influences venues de Pixies ou Archive. Lesparoles des chansons, toutes chantées en anglais, y évoquent des romans noirs, s’inspirant autant de faits-divers sordides que d’histoires vécues ou entendues, à la manière des Murders Ballads de Johnny Cash ou Nick Cave And The Bad Seeds. «Lorsque nous les jouons en concert, le public n’en ressort pas indemne parce que jouer avec les émotions remue aussi bien les corps que les âmes.»

Transformé en quintet le temps de son premier album, Thomas Howard Memorial enregistre In Lake en 2014, y déployant en grand large une pop atmosphérique et ténébreuse, aux frontières d’un rock progressif post-apocalyptique, entre orchestrationsriches et pénétrantes. «Le but était de faire un melting-pot de toute notre musique depuis quatre ans avec des morceaux complexes tels que «Eradicated Song» ou «Boston», mais aussi plus légers techniquement comme «Alive», qui est proche de notre premier EP. Le titre «Rupture» que j’aime beaucoup était d’ailleurs aussi sur le deuxième.» Au lieu de le sortir l’année suivante comme prévu, une fois le mixage réalisé par Sylvain Carpentier (Saez, Scénario Rock...), le groupe décide d’en produire une seconde versiondurant l’été dans les conditions du live. Profitant de l’assec exceptionnel d’un barrage en Bretagne, il le rejoue en intégralitéau fond du lac de Guerlédan, avec pour seul public les caméras du réalisateur Nicolas Charles. «C’était un vrai défi, mais aussiune expérience complètement folle, car nous avons joué de nuit jusqu’au lever du soleil, après y avoir descendu tout notre matériel, y compris un piano.»

Sorti en avril 2016, en même temps que l’album, le film « Live at Guerledan » fait sensation, se révélant comme un fantastique hommage au live enregistré à Pompéi, en Italie, par Pink Floyd quarante-deux ans plus tôt.

Nommé en 2017 aux Oui FM Rock Awards, Thomas Howard Memorial voit le prix lui échapper de peu, mais décidesans perdre de temps d’enregistrer son deuxième album en septembre. «C’était encore un défi parce que nous n’avionsaucun morceau.» Explique Yann. «Nous avons réservé le studio pour un mois car nous étions convaincus que nous saurions y créer ensemble de nouvelles chansons, à partir de bœufs et d’impros, avec pour seuls mots d’ordre de ne rien nous interdire !» Epaulé par Christophe Chavanon (Rover, Thomas Fersen, Lou Doillon...), le quatuor aligne ainsi près d’une quinzaine de titres au studio Kerwax, à côté de Morlaix, à découvrir en septembre prochain dans l’album Bonaventura.

La sortie de At the End of the Yard signe le retour des quatre Bretons, avec pour la première fois un titre en français, une douce ballade ultra-séduisante intitulée «Le moment». Composé de chansons écrites ces huit dernières années, mais jamaisenregistrées, ce EP constitue une transition parfaite avec son nouvel album à venir, en plus d’être le dernier disque réalisé avec le batteur Camille Courtes. Dans une veine pop électro-acoustique, «Ride for Yourself» y rappelle le duo de Kylie Minogueavec Nick Cave («Where the Wild Roses Grow»). Le titre «A River of Sand», tronçonné par les saturations à la fois tranchantes et aériennes du guitariste Elouan Jégat, en formule la langoureuse synthèse entre pop, rock et new wave, rythmée à la basse parVincent Roudaut, également aux claviers. Au chant et aussi à la guitare, Yann Ollivier dont la voix s’avère moins lyrique qu’àson habitude n’y délaisse pas pour autant ses thèmes de prédilection, toujours très sombres. «Il n’est question que de dépression dans ces chansons, mais je n’ai pas fait exprès !» assure-t-il, confiant que le morceau-titre, baigné de cordes classiques, fait directement référence à son enfance. «J’étais un peu ce garçon, seul au fond de la cour à l’école, avant de prendre confiance en moi grâce à la musique.»

Le groupe breton y confirmant sa volonté de tracer sa route hors des chemins balisés par l’industrie musicale, de rester tout simplement unique.

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